DU BON-POINT AU TICKET

Illustration d'un bon-point donné à l'école américaine.
Crédit photo : Keskidees

 

Premier jour d’école aux États-Unis de l’Amérique du Nord, panique. Une histoire de tickets. Je rappelle qu’à notre arrivée, le bagage anglophone de ma descendance consiste en une vingtaine de mots de vocabulaire, et une certaine retenue à les utiliser. Je dépiaute les explications et finis par comprendre qu’il s’agit de bon-points. Je ne vois pas d’où vient ce vent de panique car elle a déjà fait l’expérience délicieuse de quelques dizaines de bon-points transformés en images collectées au long de l’année. Le bon-point se mérite et il me semble qu’une demi-douzaine d’images sur l’année est un rythme honorable (en tout cas pour ce qui est de la politique du bon-point dans son ancienne école francilienne).

Toutefois, curieuse et à l’écoute, je comprends également qu’ici, le bon-point ne servirait pas à acquérir de précieuses et informatives images, mais a « acheter » son droit à aller aux toilettes, à remplir sa bouteille d’eau, éventuellement à acquérir des gommes de collection ou du chewing-gum (oui, nous en reparlerons).

Donc, panique, car il s’agit de donner cinq tickets à la maîtresse en cas de soif ou d’envie pressante. Or, à coup de cinq tickets, impossible d’acheter du chewing-gum ou de magnifiques gommes, car il est connu qu’on a régulièrement envie d’aller aux toilettes à des heures qui ne sont jamais celles de la récré, surtout si l’on a par ailleurs précédemment donné cinq tickets pour aller remplir sa gourde, n’est-il pas?

J’imagine alors que c’est un moyen pour la maîtresse de s’assurer que ses élèves font ce qu’ils ont à faire pendant la récré, et non pendant le cours de maths. Toutefois en effet, me basant sur la rareté francilienne du bon-point, je vois déjà tous ces enfants se tortillant de douleur ou rabougris de dessèchement, car il est bien naturel de ne surtout pas donner le moindre ticket pour un besoin vital quand on peut à la place le conserver pour s’acheter un chewing-gum. Tout le monde sait ça.

Toujours est-il qu’après consultation avec la maîtresse, je comprends également que bien plus de vingt mots de vocabulaire avaient été engrangés car le rapport de la descendance était exact. Toilettes en dehors de la récré > cinq tickets. Trop soif pour attendre la récré > cinq tickets. Ce qui ne me semble pas être une catastrophe intersidérale : ils sont prévenus, ils prennent leurs responsabilités. Toutefois, ils sont encore jeunes (9-11 ans) et ils sont bien fichus, pour vrai, de souffrir des crampes tout le jour pourvu qu’ils économisent assez pour la chouette gomme. Donc un peu dur peut-être, mais je ne suis pas maîtresse, et pas dans ma classe.

Et surtout, au bout de la troisième semaine d’école, j’ai dû fournir une trousse supplémentaire. Pour y ranger les 70 tickets collectés en 15 jours ouvrés. Donc clairement, l’approche du bon-point n’est pas la même dans l’Amérique.
Je trouvais ça étrange aussi que personne ne me reparle en « mode panique » de cette si injuste économie du ticket…

 

Crédit photo : Keskidees

 

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