DÉLICES DE LA CUISINE FAMILIALE PAKISTANAISE

 

Ici nous mangeons bien. Après six mois à Bakersfield, nous avons nos adresses favorites. Mais en réalité, chaque fois que se pose la question de sortir pour manger, c’est Masala Grill qui gagne.

 

Masala Grill est un fast-food pakistanais découvert un peu par hasard, à 20 minutes de voiture de chez nous. Je pourrai sans mentir faire l’aller-retour 2 fois par jour. Tous les jours. Tout ce que j’y ai goûté a été un festival d’épices de saveurs et de plaisir. Alors j’ai décidé de rencontrer Moiz et d’en savoir plus sur ce fast-food indo-pakistanais caché entre une méga-pharmacie et un équipementier de piscines.

 

Les Origines

Moiz est né au Texas, qu’il a quitté à trois mois pour retourner à Hyderabad au Pakistan. Il reviendra aux États-Unis pour ses études, après 18 années pakistanaises nourries aux bonnes recettes de maman et de la « street food » locale. Un peu contre la volonté des parents, il étudie la musique au Bakersfield College, puis se lance dans l’immobilier… Il a toujours eu une petite envie d’ouvrir un restaurant, sans trop l’écouter. Mais les années passent, la cuisine familiale et le Pakistan lui manquent parfois. Et malgré les très honorables buffets indiens que l’on trouve à Bakersfield, il ne retrouve jamais cette impression d’être « à la maison ».

A plate of golden samosas
Crédit photo : Masala Grill

 

Le déclic

En 2014, ses parents le rejoignent à Bakersfield, et il retrouve la cuisine de Fatima, sa maman, qui se met à cuisiner pour les amis, les amis des amis, et tous les amis de ces amis subjugués par les saveurs de sa cuisine. L’idée du restaurant parle un peu plus fort…
Pourtant la petite voix de la prudence rappelle que servir une communauté acquise à la cuisine indo-pakistanaise sur quelques événements précis est bien différent de l’ouverture d’un restaurant de plein pied à faire tourner. Mais nous sommes en Amérique, le rêve et l’esprit entrepreneurial prennent le dessus et Masala Grill ouvre en 2016.

 

Sur les rails

La famille a appris sur le tas, en composant avec un équipement existant (ils ont repris un restaurant italien), pas toujours adapté à la cuisine et aux habitudes pakistanaises. Au commencement, ils ont voulu tout partager de leur culture, avec une trentaine de plats au menu. Ingérable! Nous sommes aujourd’hui à 7 ou 10, ce qui leur permet de tout préparer sur commande, et d’avoir des ingrédients toujours frais. Moiz et sa femme s’occupent de tout l’administratif et du service. Le père de Moiz aide au service et en cuisine. Et Fatima est l’unique Chef de ce fast-food. Elle prépare elle-même ses mélanges d’épices, qu’elle dose à l’œil pour un résultat chaque fois magique!

Butter chicken and coriander
Crédit photo : Masala Grill

 

La cuisine indienne est beaucoup plus populaire que la cuisine pakistanaise ici. Moiz a donc fait le choix d’intégrer beaucoup de plats indiens. Leurs débuts ont montré que les inconnus pakistanais étaient délaissé pour les traditionnels poulet tikka masala ou butter chicken. Que Fatima interprète avec brio d’ailleurs. Ces plats « d’appel » permettent à la famille de ferrer le client sur du connu pour lui faire progressivement découvrir des mets typiquement pakistanais. Et on aime être manipulé de la sorte! La manipulation gustative 😉

Aujourd’hui la famille rêve d’avoir plus de visites d’Américains. Les communautés indiennes et pakistanaises sont désormais fidèles, mais l’envie de départ est bien de faire découvrir une cuisine familiale d’ailleurs aux habitants de Bakersfield.

Préparation d'un naan
Crédit photo : Masala Grill

 

Autour de Masala Grill

Le restaurant est un fast-food quelconque, avec une salle et un comptoir (ainsi qu’une télé évidemment).  Pourtant, en y prêtant attention, les murs sont décorés de pochettes de vinyles, la télé passe en sourdine des films de Bollywood, et Moiz se fait un plaisir de parler des ses artistes et musiciens préférés, d’en passer quelques morceaux, de Nusrat Fateh Ali Khan à Kishore Kumar, en passant par Ravi Shankar.

Lorsque je l’ai rencontré, Moiz m’a recommandé d’écouter Fathers d’Anushka Shankar, et a cité A. R Rahman (le compositeur oscarisé) lorsqu’il parle de la richesse de nos limitations, qui sont la source de notre unicité et nous conduisent à enrichir la manière dont nous faisons et pensons les choses, jusqu’à développer notre propre approche ou notre style.
Masala Grill n’est donc pas qu’un fast-food indo-pakistanais… c’est un lieu de perdition des papilles, des oreilles, et un petit cube de culture étrangère au milieu de la culture américaine, tenu par des personnes généreuses, ouvertes, curieuses et persévérantes. J’y suis bien en somme ;). Et si vous passez un jour par Bakersfield…

 

 

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6 Responses

    • Oui, nous sommes capables de faire 40 min de voiture pour un butter chicken… c’est dire…
      Merci Agnès pour ce premier commentaire qui arrive de très loin. Bises!

  • J’espère avoir l’occasion de gouter à cette cuisine que j’aime beaucoup surtout après cette description particulièrement alléchante.

  • Quand je lis masala, j’entends « massalé », ce mélange d’epices indispensable à mes amis et compatriotes antillais, pour préparer les fabuleux colombo!
    Est ce la même composition d’epices, et si oui comment cette fusion entre les traditions culinaires si éloignées géographiquement a t elle pu s’opérer ?

    Merci de vos éclairages.

    Pierre.

  • Quand je lis masala, j’entends « massalé », ce mélange d’epices indispensable à mes amis et compatriotes antillais, pour préparer les fabuleux colombo!
    Est ce la même composition d’epices, et si oui comment cette fusion entre les traditions culinaires si éloignées géographiquement a t elle pu s’opérer ?

    Merci de vos éclairages.

    Pierre.

    • Bonjour Pierre,
      Merci pour votre message, et votre question!
      Malheureusement je ne connais pas bien la cuisine antillaise, je ne saurais pas faire un comparatif pertinent. Je vais essayer de vous apporter tout de même quelques éléments de réponse : en Hindi, « masala » signifie « mélange », et par l’usage, « mélanges d’épices ». Il existe plusieurs types de « mélanges » en Inde (autant que de cuisiniers/cuisinières, et de plats!). Les deux mélanges indiens les plus connus sont le garam masala et le chaat (ou chat) masala. Mais là encore les ingrédients et proportions ne sont pas figés.
      Les épices que l’on retrouve majoritairement dans la cuisine indienne sont les graines de cumin, de coriandre, de cardamome (noire ou verte), de moutarde, de poivre, le gingembre, la cannelle, le clou de girofle, les piments. Mais certains mélanges (dont le chat masala) sont également composés de poudre de mangue et d’asafoetida, d’herbes aromatiques, d’ail. Le tamarin est également beaucoup utilisé. Le terme « curry » (est-ce le même que le « carry » antillais?) désigne quant à lui un type de plat « en sauce » (contrairement aux grillades dites « sèches »), ou un arbre, dont les petites feuilles sont également utilisées dans la cuisine indienne. Encore une fois ce pays est tellement grand et ses cultures sont si diverses que mes explications ne s’appliquent probablement pas au territoire entier 😉
      J’imagine que l’on retrouve certaines de ces épices dans la cuisine anitllaise, bien que les mélanges ou les saveurs demeurent différents… soit que le climat n’aporte pas les mêmes caractériqtiques aux graines et fruits, soit que la culture y ait apporté son grain de sel ;). Mais de nombreux échanges ont existé entre « les Indes », « la Métropole », et « les Iles » tout au long de l’époque coloniale… le fameux tissus madras en est un exemple, originellement fabriqué à Madras (Chennai) dans le sud de l’Inde, et qui a voyagé de l’autre côté du globe. Espérant avoir apporté quelques informations et indices pour de plus amples recherches…
      Priscilia

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